Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/384

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La réverbération de cette lampe m’a permis de lire sur la porte de la maison d’en face cette inscription :

posada
i habii

Je m’attendais à tout, excepté à trouver là une auberge.

La lune se levait derrière les monts Jaitzquivel comme je sortais du village. Il m’a été facile de retrouver mon chemin. Pourtant, dans la disposition d’esprit où ma visite à ce lieu étrange m’avait laissé, j’avais peine à reconnaître cette campagne qui m’avait charmé quelques heures auparavant. Ce paysage, si gai au soleil, était devenu lugubre à la lune. La solitude de la nuit emplissait l’horizon.

J’approchais de Pasages. Quelques passants commençaient à se montrer sur la route.

J’avais l’œil fixé sur la ruine d’un castillo qui se dessinait au loin au clair de lune sur la crête d’une assez haute montagne, au fond d’une vallée étroite, sauvage et déserte.

Ce qui m’occupait, c’était une lumière qui venait d’apparaître dans cette ruine, à l’extrémité du pignon. Cette lumière avait quelque chose d’inexplicable et de singulier, d’abord à cause du lieu où elle brillait, ensuite à cause de la façon dont elle brillait. Elle se comportait comme un phare, s’allumant, puis s’éteignant, puis se rallumant et jetant tout à coup l’éclat d’une grosse étoile. Qu’était-ce que ce feu, et que signifiait-il ?

Comme j’arrivais à la gorge où est le pont, une pauvresse qui se tient habituellement à l’entrée de la corderie et à laquelle je fais l’aumône à peu près chaque matin, traversait la chaussée pour monter jusqu’à sa cabane à mi-côte. En m’apercevant, elle se retourna, fit un signe de croix et me montra la lumière en disant : Los demonios. Je passai outre.

Un peu plus loin, à l’entrée du dallage rapide qui descend à Pasages, un homme, un pêcheur, était debout sur un bloc de marbre rouge, et, comme la vieille, il regardait la lumière. Que es eso ? lui dis-je en m’approchant.

L’homme ne quitta pas la lumière des yeux, et me répondit : — Contrabandistas.

Comme je montais mon escalier, mon hôtesse, l’excellente madame Basquetz, vint à moi :

— Ah ! monsieur, comme vous voilà tard ! Vous n’avez pas soupé ? D’où venez-vous donc ainsi ?

— De Leso.

— Ah ! vous êtes allé à Leso ?