Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/131

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on emprunte quelquefois à l’auteur de ce livre, « nous en passons et des meilleurs ». Nous n’avons même pas signalé cette vaillante légion de jeunes orateurs qui surgissait à gauche dans ces dernières années, Arnaud (de l’Ariège), Bancel, Chauffour, Pascal Duprat, Esquiros, de Flotte, Farconnet, Victor Hennequin, Madier de Montjau, Morellet, Noël Parfait, Pelletier, Sain, Versigny.

Insistons-y, à partir de Mirabeau, il y a eu dans le monde, dans la sociabilité humaine, dans la civilisation, un point culminant, un lieu central, un foyer, un sommet. Ce sommet, ce fut la tribune de France ; admirable point de repère pour les générations en marche, cime éblouissante dans les temps paisibles, fanal dans l’obscurité des catastrophes. Des extrémités de l’univers intelligent, les peuples fixaient leur regard sur ce faîte où rayonnait l’esprit humain ; quand quelque brusque nuit les enveloppait, ils entendaient venir de là une grande voix qui leur parlait dans l’ombre. Admonet et magnâ testatur voce per umbras. Voix qui tout à coup, quand l’heure était venue, chant du coq annonçant l’aube, cri de l’aigle appelant le soleil, sonnait comme un clairon de guerre ou comme une trompette de jugement, et faisait dresser debout, terribles, agitant leurs linceuls, cherchant des glaives dans leurs sépulcres, toutes ces héroïques nations mortes, la Pologne, la Hongrie, l’Italie ! Alors, à cette voix de la France, le ciel splendide de l’avenir s’entr’ouvrait, les vieux despotismes aveuglés et épouvantés courbaient le front dans les ténèbres d’en bas, et l’on voyait, les pieds sur la nuée, le front dans les étoiles, l’épée flamboyante à la main, apparaître, ses grandes ailes ouvertes dans l’azur, la Liberté, l’Archange des Peuples !