Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/359

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Ce Napoléon avait pris Sainte-Hélène en bonne part. Il admirait l’Angleterre. Des ressentiments ! à quoi bon ? Il n’y avait pour lui sur la terre que des intérêts. Il pardonnait parce qu’il exploitait, il oubliait tout parce qu’il calculait tout. Que lui importait son oncle ? il ne le servait pas, il s’en servait. Il mettait sa chétive pensée dans Austerlitz. Il empaillait l’aigle.

La rancune est une dépense improductive. Louis Bonaparte n’avait que la quantité de mémoire utile. Hudson Lowe ne l’empêchait pas de sourire aux Anglais ; le marquis de Montchenu ne l’empêchait pas de sourire aux royalistes. C’était un homme politique sérieux, de bonne compagnie, enfermé dans sa préméditation, point emporté, ne faisant rien au delà de ce qui est indiqué, sans brusquerie, sans gros mots, discret, correct, savant, causant avec douceur d’un carnage nécessaire, massacreur parce qu’il le faut bien.

Tout cela, nous le répétons, sans passion et sans colère.

Louis Bonaparte était un de ces hommes qui ont subi le refroidissement profond de Machiavel.

C’est en étant cet homme-là qu’il a réussi à submerger le nom de Napoléon en superposant Décembre à Brumaire.