Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/375

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» Que le peuple fasse son devoir. Les représentants républicains marchent à sa tête.

» Vive la République ! Aux armes ! » On applaudit.

— Signons tous, dit Pelletier.

— Occupons-nous de trouver sur-le-champ une imprimerie, dit Schœlcher, et que la proclamation soit affichée tout de suite.

— Avant la nuit, les jours sont courts, ajouta Joigneaux.

— Tout de suite, tout de suite, plusieurs copies ! cria-t-on.

Baudin, silencieux et rapide, avait déjà fait une deuxième copie de la proclamation.

Un jeune homme, rédacteur d’un journal républicain des départements, sortit de la foule, et déclara que si on lui remettait immédiatement une copie, la proclamation serait avant deux heures placardée à tous les coins de mur de Paris.

Je lui demandai :

— Comment vous nommez-vous ?

Il me répondit :

— Millière.

Millière ; c’est de cette façon que ce nom fit son apparition dans les jours sombres de notre histoire. Je vois encore ce jeune homme pâle, cet œil à la fois perçant et voilé, ce profil doux et sinistre. L’assassinat et le Panthéon l’attendaient ; trop obscur pour entrer dans le temple, assez méritant pour mourir sur le seuil.

Baudin lui montra la copie qu’il venait de faire. Millière s’approcha :

— Vous ne me connaissez pas, dit-il, je m’appelle Millière, mais moi je vous connais, vous êtes Baudin.

Baudin lui tendit la main.

J’ai assisté au serrement de mains de ces deux spectres.

Xavier Durieu, qui était rédacteur de la Révolution, fit la même offre que Millière.

Une douzaine de représentants prirent des plumes et s’assirent, les uns autour de la table, les autres avec une feuille de papier sur leurs genoux, et l’on me dit : – Dictez-nous la proclamation.

J’avais dicté à Baudin : « Louis-Napoléon Bonaparte est un traître. » Jules Favre demanda qu’on effaçât le mot Napoléon, nom de gloire fatalement puissant sur le peuple et sur l’armée, et qu’on mît : « Louis Bonaparte est un traître. » – Vous avez raison, lui dis-je.