Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/47

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Il fallait songer aux moindres détails. Il y avait, dans les différents lieux de combat, une diversité de mots d’ordre qui pouvait entraîner des dangers. Nous avions donné pour mot d’ordre, la veille, le nom de Baudin. On avait, par imitation, pris pour mots d’ordre, dans plusieurs barricades, d’autres noms de représentants. Rue Rambuteau, le mot d’ordre était Eugène Sue et Michel (de Bourges) ; rue Beaubourg, Victor Hugo ; à la Chapelle Saint-Denis, Esquiros et de Flotte. Nous jugeâmes nécessaire de faire cesser cette confusion et de supprimer les noms propres toujours faciles à deviner. Le mot d’ordre convenu fut : Que fait Joseph ?

A tout moment des renseignements et des informations nous venaient, et de tous les côtés, que des barricades s’élevaient partout, et que la fusillade s’engageait dans les rues centrales. Michel (de Bourges) s’écria : – Faites quatre barricades en carré, et nous irons délibérer au milieu.

Nous eûmes des nouvelles du Mont Valérien. Deux prisonniers de plus. Rigal et Belle venaient d’y être écroués. Tous deux de la gauche. Le docteur Rigal était représentant de Gaillac, et Belle de Lavaur. Rigal était malade, on l’avait pris au lit. Dans la prison il gisait sur un grabat, et ne pouvait s’habiller. Son collègue Belle lui servait de valet de chambre.

Vers neuf heures, un ancien capitaine de la 8e légion de la garde nationale de 1848, nommé Jourdan, vint s’offrir à nous. C’était un homme hardi, un de ceux qui avaient exécuté, le 24 février au matin, le téméraire coup de main sur l’Hôtel de Ville. Nous le chargeâmes de recommencer ce coup de main et de l’étendre jusqu’à la préfecture de police. Il savait comment s’y prendre. Il nous annonça qu’il avait peu d’hommes, mais qu’il ferait occuper silencieusement dans la journée certaines maisons stratégiques du quai de Gesvres, du quai Le Peletier et de la rue de la Cité, et que, s’il arrivait que les gens du coup d’État, le combat du centre de Paris grandissant, fussent forcés de dégarnir de troupes l’Hôtel de Ville et la préfecture, l’attaque commencerait immédiatement sur ces deux points. Le capitaine Jourdan, disons-le tout de suite, fit ce qu’il nous avait promis ; malheureusement, comme nous l’apprîmes le soir, il commença peut-être un peu trop tôt. Ainsi qu’il l’avait prévu, il arriva un moment où la place de l’Hôtel de Ville fut presque vide de troupes, le général Herbillon ayant été obligé de la quitter avec la cavalerie pour aller prendre à revers les barricades du centre. L’attaque des républicains éclata à l’instant même, les coups de feu partirent des croisées du quai Le Peletier ; mais la gauche de la colonne était encore au pont d’Arcole, une ligne de tirailleurs avait été placée par un chef de bataillon nommé Larochette en avant de l’Hôtel de Ville, le 44e revint sur ses pas, et la tentative échoua.

Bastide arriva, avec Chaffour et Laissac.