Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome I.djvu/112

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Chacun se dépopularise à son tour. Le peuple finira peut-être par se dépopulariser.


Il y a des hommes malheureux ; Christophe Colomb ne peut attacher son nom à sa découverte ; Guillotin ne peut détacher le sien de son invention.


Le mouvement se propage du centre à la circonférence ; le travail se fait en dessous ; mais il se fait. Les pères ont vu la révolution de France, les fils verront la révolution d’Europe.


Les droits politiques, les fonctions de juré, d’électeur et de garde national, entrent évidemment dans la constitution normale de tout membre de la cité. Tout homme du peuple est, à priori, homme de la cité.

Cependant les droits politiques doivent, évidemment aussi, sommeiller dans l’individu jusqu’à ce que l’individu sache clairement ce que c’est que des droits politiques, ce que cela signifie, et ce qu’on en fait. Pour exercer il faut comprendre. En bonne logique, l’intelligence de la chose doit toujours précéder l’action sur la chose.

Il faut donc, on ne saurait trop insister sur ce point, éclairer le peuple pour pouvoir le constituer un jour. Et c’est un devoir sacré pour les gouvernants de se hâter de répandre la lumière dans ces masses obscures où le droit définitif repose. Tout tuteur honnête presse l’émancipation de son pupille. Multipliez donc les chemins qui mènent à l’intelligence, à la science, à l’aptitude. La Chambre, j’ai presque dit le trône, doit être le dernier échelon d’une échelle dont le premier échelon est une école.

Et puis, instruire le peuple, c’est l’améliorer ; éclairer le peuple, c’est le moraliser ; lettrer le peuple, c’est le civiliser. Toute brutalité se fond au feu doux des bonnes lectures quotidiennes. Humaniores litterae. Il faut faire faire au peuple ses humanités.

Ne demandez pas de droits pour le peuple, tant que le peuple demandera des têtes.