Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome I.djvu/85

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    Vous les dites d’un ton galant.
    Quant à moi, je ris en silence ;
    Car, puisqu’aujourd’hui l’opulence
    Donne tout, grâce, esprit, vertus,
    Les bons mots de votre excellence
    Étaient les jurons de Brutus.

    Adieu, monseigneur, sans rancune !
    Briguez les sourires des rois
    Et les faveurs de la fortune.
    Pour moi, je n’en attends aucune.
    Ma bourse, vide tous les mois,
    Me force à changer de retraites ;
    Vous, dans un poste hasardeux,
    Tâchez de rester où vous êtes,
    Et puissions-nous vivre tous deux,
    Vous sans remords, et moi sans dettes.
    Excusez si, parfois encor,
    J’ose rire de la bassesse
    De ces courtisans brillants d’or
    Dont la foule à grands flots vous presse,
    Lorsque, entrant d’un air de noblesse
    Dans les salons éblouissants
    Du pouvoir et de la richesse,
    L’illustre pied de votre altesse
    Vient salir ces parquets glissants
    Que tu frottais dans ta jeunesse.

Combien de malheureux, qui auraient pu mieux faire, se sont mis en tête d’écrire, parce qu’en fermant un beau livre ils s’étaient dit : J’en pourrais faire autant ! Et cette réflexion-là ne prouvait rien, sinon que l’ouvrage était inimitable. En littérature comme en morale, plus une chose est belle, plus elle semble facile. Il y a quelque chose dans le cœur de l’homme qui lui fait prendre quelquefois le désir pour le pouvoir. C’est ainsi qu’il croit aisé de mourir comme d’Assas ou d’écrire comme Voltaire.