Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/350

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où le houilleur mange du charbon pour tromper la faim, toutes ces turbines de richesses sont des foyers de misère. Pas d’air, pas de jour, pas de pain ; la demeure humaine, chenil. Et cela en pleine civilisation. Dans de certaines villes manufacturières, la promiscuité du pauvre est telle que l’inceste devient inconscient, et que des filles enceintes traduites pour délits devant les tribunaux ne savent pas si c’est de leurs frères ou de leur père qu’elles sont grosses. Échafauds, guerres, catastrophes. Et au front des nations l’ignorance, l’œil crevé. Et à cela qui est l’ensemble des faits, ajoutez le détail des mœurs : le chacun pour soi, les félicités peu soucieuses des souffrances ; la plus sainte des choses humaines, le mariage, trop souvent affaire d’argent, c’est-à-dire simple prostitution qui prend ses sûretés ; des Te Deum en sens contraire et qui doivent déconcerter Dieu : un juge qui meurt en disant : j’ai rendu de la justice sous quatre gouvernements ; jouir devenu le but ; aimer, vouloir, croire, relégués au second plan ; la substitution de la matière à la pensée, le progrès bafoué, la mise en question des principes, héroïsmes et vertus passés au fil de l’ironie ; les infâmes, profonds, les sublimes, niais ; la dignité morale presque éteinte ; l’homme de jour en jour moins mâle et la femme plus femelle ; la crainte de voir le droit, la vérité, la justice et la liberté reparaître, seule ride au front d’airain de l’égoïsme ; l’imperturbabilité de la corruption ; la conscience qui se fait fille publique, des Messalines hommes, les dégradés souriant, les déshonorés hautains, les vendus s’affichant eux-mêmes et disant leurs prix pour faire envie, un orgueil nouveau trouvé à point pour ces situations-là, l’orgueil de la honte, ceux sur lesquels est le mépris se croyant le droit de dédain, on ne sait .quelle lugubre décroissance de lumière qui ressemble à l’agonie de l’âme humaine, en bas des larmes profondes, dans la civilisation l’odeur sinistre que répand la putréfaction du cœur, l’accablement de vivre et de penser. Ô joie des oiseaux de mer que je vois là-bas dans la nuée !