Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/525

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nous plaît. Assurément, la violence le gâte trop souvent. Certaines mesures sont farouches, et nous les détestons. Voyons la fin pourtant.

Robespierre, c’est le tyran ; Bonaparte, c’est le despote ; mais tous deux ont puissamment tenu la dictature révolutionnaire, l’un au dedans, l’autre au dehors. Tous deux ont usé du glaive, nous avons horreur du glaive ; nous haïssons la hache de l’un, nous haïssons le sabre de l’autre, mais nous leur rendons justice, et nous portons à leur décharge le résultat obtenu, le vieux monde sabordé et coulé à fond.

Danton est plus grand que Robespierre ; Hoche est meilleur que Bonaparte ; Danton est le génie, Hoche est la vertu. Danton eût enrayé la terreur ; Hoche eût empêché le dix-huit brumaire ; et les choses eussent été mieux ainsi ; mais Hoche et Danton sont morts prématurément, et il résulte de leur fatale sortie de scène avant l’heure que le double fait révolutionnaire, intérieur et extérieur, se rattache plus immédiatement et plus complètement aux deux qui ont survécu, Robespierre et Bonaparte, et dérive pour l’histoire de ces deux hommes, l’un moindre, l’autre pire. Ce sont là les iniquités mystérieuses de la destinée.


En ce qui concerne la civilisation, entre la conception religieuse, telle qu’elle est à cette heure, et la conception philosophique, la différence radicale, nous croyons l’avoir dit ailleurs, c’est le déplacement de l’éden. Il était en arrière, il est en avant. La poésie est plus que jamais prophétie ; mais elle n’est plus la prophétie qui menace, elle est la prophétie qui promet. Il y a un divin lever d’astre à l’horizon ; elle est le doigt indicateur de ce point lumineux.

L’éden faux, c’est l’état de nature ; l’éden vrai, c’est l’état de société. L’état de nature se contente de la satisfaction animale ; à l’état de société il faut la satisfaction intellectuelle et la satisfaction morale. C’est l’ordre plus haut des joies du devoir. L’état de nature mène la vie de proie, il chasse et pêche, le travail de la bête lui suffit. L’état de société cultive. Au labourage de la terre la bête finit, l’homme commence. Que produit le labourage du champ ? la propriété. Propriété et société sont deux termes identiques. La société parfaite, ce serait tout homme propriétaire. C’est là qu’il faut tendre.

Nous sommes dans le siècle des accomplissements. La science, ce grand fait révolutionnaire, dégage successivement toutes les inconnues que la philosophie avait devinées et que la poésie avait idéalisées. D’une solution on passe à la suivante. Les ténèbres regrettant l’homme et pleines pour lui de ce désir de rapprochement qu’a le jaguar pour le mouton, s’efforcent de le