Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/626

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nos minutes. L’homme terrestre, tel qu’il est, pèserait quatre cents livres dans Jupiter et quatre mille livres dans le soleil. Sur Pallas il pourrait, sans se faire de mal, sauter des tours de Notre-Dame (s’il y a une Notre-Dame dans Pallas). Dans le soleil une chute de trois pouces de haut le tuerait. L’homme dans le soleil ne pourrait vivre que couché ; le poids de sa tête écraserait sa colonne vertébrale.

Sur d’autres planètes que la terre, l’écliptique moins inclinée fait la vie plus longue et l’existence moins âpre. Nous le supposons, du moins.

Selon notre mode de concevoir la vie, l’obliquité du rayon solaire est toute la question. Suivant ce plus ou moins d’obliquité, on subit l’existence ou on la savoure. L’axe d’une sphère incliné ou redressé peut changer un paradis en enfer et un enfer en paradis, mais qui nous dit que notre possibilité de vivre est l’unique ? Qui nous dit que l’être se limite à notre façon de le comprendre ? Nous voyons les choses sous un certain angle ; mettez le point d’observation en deçà de l’homme, cet angle variera évidemment.

Autant de mondes, autant de vies.


De tout point d’intersection une vie jaillit.

Les mondes sont des nœuds de forces.


6

Nous venons de raconter quelques prodiges.

Continuons.

Chaque étoile est un soleil ; autour de chaque soleil il y a une création. Notre monde solaire, avec toutes ses planètes, est imperceptible dans le monde stellaire. Notre soleil, treize cent soixante mille fois plus gros que la terre, n’est qu’une étoile atome.

Représentez-vous des millions de soleils comme le nôtre avec toutes leurs légions de planètes, enfoncés au-dessus de nos têtes à une distance telle que ce n’est plus qu’une vague blancheur, un blêmissement indistinct, on ne sait quel inexprimable écrasement d’étoiles ; nous nommons cela la Voie Lactée.

Nous, et tous les astres que nous voyons, et toutes les constellations du zodiaque, et tous les univers du zénith et du nadir, nous faisons partie d’un prodigieux disque d’étoiles tournant probablement sur lui-même, dont la Voie Lactée est le bord. Il y a là un épaississement de soleils qui fait une grande tache livide dans l’infini.

Et après la planète, et après l’étoile, et après la Voie Lactée, qu’y a-t-il ?

Il y a la nébuleuse.

Qu’est-ce que la nébuleuse ?