Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/200

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Quand la Fille des Rois quittait ses voiles d’or,
Croyaient voir la Fille de l’Onde.

Sous ses pieds délicats déjà le flot frémit.
Tremblante, la pitié vers l’enfant qui gémit
La guide en sa marche craintive ;
Elle a saisi l’esquif ! Fière de ce doux poids,
L’orgueil sur son beau front, pour la première fois,
Se mêle à la pudeur naïve.

Bientôt, divisant l’onde et brisant les roseaux,
Elle apporte à pas lents l’enfant sauvé des eaux
Sur le bord de l’arène humide ;
Et ses sœurs tour à tour, au front du nouveau-né,
Offrant leur doux sourire à son œil étonné,
Déposaient un baiser timide !

Accours, toi qui, de loin, dans un doute cruel,
Suivais des yeux ton fils sur qui veillait le ciel ;
Viens ici comme une étrangère ;
Ne crains rien : en pressant Moïse entre tes bras,
Tes pleurs et tes transports ne te trahiront pas,
Car Iphis n’est pas encor mère !

Alors, tandis qu’heureuse et d’un pas triomphant,
La vierge au roi farouche amenait l’humble enfant,
Baigné des larmes maternelles,
On entendait en chœur, dans les cieux étoilés,
Des anges, devant Dieu de leurs ailes voilés,
Chanter les lyres éternelles.

« Ne gémis plus, Jacob, sur la terre d’exil ;
Ne mêle plus tes pleurs aux flots impurs du Nil :
Le Jourdain va t’ouvrir ses rives.
Le jour enfin approche où vers les champs promis
Gessen verra s’enfuir, malgré leurs ennemis,
Les tribus si longtemps captives.