Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/211

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Chateaubriand, je t’en atteste,
Toi qui, déplacé parmi nous,
Reçus du ciel le don funeste
Qui blesse notre orgueil jaloux :
Quand ton nom doit survivre aux âges,
Que t’importe, avec ses outrages,
À toi, géant, un peuple nain ?
Tout doit un tribut au génie.
Eux, ils n’ont que la calomnie :
Le serpent n’a que son venin.

Brave la haine empoisonnée ;
Le nocher rit des flots mouvants,
Lorsque sa poupe couronnée
Entre au port, à l’abri des vents.
Longtemps ignoré dans le monde,
Ta nef a lutté contre l’onde
Souvent prête à l’ensevelir ;
Ainsi jadis le vieil Homère
Errait inconnu sur la terre,
Qu’un jour son nom devait remplir.

                   III

Jeune encor, quand des mains du crime
La France en deuil reçut des fers,
Tu fuis : le souffle qui t’anime
S’éveilla dans l’autre univers.
Contemplant ces vastes rivages,
Ces grands fleuves, ces bois sauvages,
Aux humains tu disais adieu ;
Car dans ces lieux que l’homme ignore
Du moins ses pas n’ont point encore
Effacé les traces de Dieu.