Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/217

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


L’Homme heureux

à M. Ulric Guttinguer

Beatus qui non prosper !



" Je vous abhorre, ô dieux ! Hélas ! Si jeune encore,
Je puis déjà ce que je veux !
Accablé de vos dons, ô dieux, je vous abhorre.
Que vous ai-je donc fait pour combler tous mes vœux ?

" Du détroit de Léandre aux colonnes d’Alcide,
Mes vaisseaux parcourent les mers ;
Mon palais engloutit, ainsi qu’un gouffre avide,
Les trésors des cités et les fruits des déserts.

" Je dors au bruit des eaux, au son lointain des lyres,
Sur un lit aux pieds de vermeil ;
Et sur mon front brûlant appelant les zéphires,
Dix vierges de l’Indus veillent pour mon sommeil.

" Je laisse, en mes banquets, à l’ingrat parasite
Des mets que repousse ma main ;
Et, dans les plats dorés, ma faim que rien n’excite
Dédaigne des poissons nourris de sang humain.