Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/222

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Vole de fleur en fleur, de montagne en montagne,
Remonte aux champs d’azur d’où l’homme fut banni,
Du secret éternel lève le voile austère ;
Car il voit plus loin que la terre ;
Ma pensée est un monde errant dans l’infini.

                  V

Mais la vie, ô mon âme ! a des pièges dans l’ombre.
Sois le guerrier captif qui garde sa prison,
Des feux de l’ennemi compte avec soin le nombre,
Et, sous le jour brûlant ainsi qu’en la nuit sombre,
Surveille au loin tout l’horizon.

Je ne suis point celui qu’une ardeur vaine enflamme,
Qui refuse à son cœur un amour chaste et saint,
Porte à Dagon l’encens que Jéhovah réclame,
Et, voyageur sans guide, erre autour de son âme,
Comme autour d’un cratère éteint.

Il n’ose, offrant à Dieu sa nudité parée,
Flétrir les fleurs d’Eden d’un souffle criminel ;
Fils banni, qui, tramant sa misère ignorée,
Mendie et pleure, assis sur la borne sacrée
De l’héritage paternel.

Et les anges entre eux disent : " Voilà l’impie !
Il a bu des faux biens le philtre empoisonneur ;
Devant le juste heureux que son crime s’expie ;
Dieu rejette son âme ! elle s’est assoupie
Durant la veille du Seigneur. "

Toi, — puisses-tu bientôt, secouant ma poussière,
Retourner radieuse au radieux séjour !
Tu remonteras pure à la source première,