Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/232

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Nul de vous n’est le bourreau !
Que, du sort bravant l’épreuve,
Pour l’orphelin et la veuve
Votre épée est sans fourreau !


Preux que l’honneur accompagne,
N’oubliez pas les vertus
Des vieux pairs de Charlemagne,
Des vieux champions d’Artus !
Malheur au vainqueur sans gloire,
Qui doit sa lâche victoire
A de hideux nécromants !
Honte au guerrier sans vaillance
Qui combat la noble lance
Avec d’impurs talismans !


Un jour, sur les murs funestes
De son infâme château,
On voit pendre ses vils restes
Aux bras d’un sanglant poteau ;
Eternisant ses supplices,
Les enchanteurs, ses complices,
Dans les ombres déchaînés,
Parmi d’affreux sortilèges
A leurs festins sacrilèges
Mêlent ses os décharnés !


Mais gloire au guerrier austère !
Gloire au pieux châtelain !
Chaque belle sans mystère
Brode son nom sur le lin ;
Le mélodieux trouvère
A son glaive, qu’on révère,
Consacre un chant immortel ;
Dans sa tombe est une fée ;
Et l’on donne à son trophée
Pour piédestal un autel.