Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/242

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Fier Capitole, adieu ! — Dans les feux qu’on excite,
L’aqueduc de Sylla semble un pont du Cocyte.
Néron le veut : ces tours, ces dômes tomberont.
Bien : sur Rome, à la fois, partout, la flamme gronde !
— Rends-lui grâces, Reine du monde :
Vois quel beau diadème il attache à ton front !

Enfant, on me disait que les voix sibyllines
Promettaient l’avenir aux murs des sept collines,
Qu’aux pieds de Rome, enfin, mourrait le temps dompté,
Que son astre immortel n’était qu’à son aurore… -
Mes amis ! dites-moi combien d’heures encore
Peut durer son éternité ?

Qu’un incendie est beau lorsque la nuit est noire !
Érostrate lui-même eût envié ma gloire.
D’un peuple à mes plaisirs qu’importent les douleurs ?
Il fuit : de toutes parts le brasier l’environne… -
Otez de mon front ma couronne,
Le feu qui brûle Rome en flétrirait les fleurs.

Quand le sang rejaillit sur vos robes de fête,
Amis, lavez la tache avec du vin de Crète ;
L’aspect du sang n’est doux qu’au regard des méchants.
Couvrons un jeu cruel de voluptés sublimes.
Malheur à qui se plaît au cri de ses victimes ! -
Il faut l’étouffer dans des chants.

Je punis cette Rome et je me venge d’elle !
Ne poursuit-elle pas d’un encens infidèle
Tour à tour Jupiter et ce Christ odieux ?
Qu’enfin à leur niveau sa terreur me contemple !
Je veux avoir aussi mon temple,
Puisque ces vils Romains n’ont point assez de dieux.

J’ai détruit Rome, afin de la fonder plus belle.