Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/245

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À mon ami S.-B.


Perseverando. DEVISE DES DUCIE.


 
L’aigle, c’est le génie ! oiseau de la tempête,
Qui des monts les plus hauts cherche le plus haut faîte ;
Dont le cri fier, du jour chante l’ardent réveil ;
Qui ne souille jamais sa serre dans la fange,
Et dont l’œil flamboyant incessamment échange
Des éclairs avec le soleil.

Son nid n’est pas un nid de mousse ; c’est une aire,
Quelque rocher, creusé par un coup de tonnerre,
Quelque brèche d’un pic, épouvantable aux yeux,
Quelque croulant asile, aux flancs des monts sublimes,
Qu’on voit, battu des vents, pendre entre deux abîmes,
Le noir précipice et les cieux !

Ce n’est pas l’humble ver, les abeilles dorées,
La verte demoiselle aux ailes bigarrées
Qu’attendent ses petits, béants, de faim pressés ;
Non ! c’est l’oiseau douteux, qui dans la nuit végète ;
C’est l’immonde lézard, c’est le serpent qu’il jette,
Hideux, aux aiglons hérissés.

Nid Royal ! palais sombre, et que d’un flot de neige
La roulante avalanche en bondissant assiège !
Le génie y nourrit ses fils avec amour,