Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/276

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Quand ton œil noir et doux me parle et me contemple,
Quand ta robe m’effleure avec un léger bruit,
Je crois avoir touché quelque voile du temple,
Je dis comme Tobie : Un ange est dans ma nuit !


Lorsque de mes douleurs tu chassas le nuage,
Je compris qu’à ton sort mon sort devait s’unir,
Pareil au saint pasteur, lassé d’un long voyage,
Qui vit vers la fontaine une vierge venir !


Je t’aime comme un être au-dessus de ma vie,
Comme une antique aïeule aux prévoyants discours,
Comme une sœur craintive, à mes maux asservie,
Comme un dernier enfant, qu’on a dans ses vieux jours.


Hélas ! je t’aime tant qu’à ton nom seul je pleure !
Je pleure, car la vie est si pleine de maux !
Dans ce morne désert tu n’as point de demeure,
Et l’arbre où l’on s’assied lève ailleurs ses rameaux.


Mon Dieu ! mettez la paix et la joie auprès d’elle.
Ne troublez pas ses jours, ils sont à vous, Seigneur !
Vous devez la bénir, car son âme fidèle
Demande à la vertu le secret du bonheur


1823