Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/295

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C’est pour un tel bonheur, dès l’enfance rêvé,
Que j’ai longtemps souffert et que j’ai tout bravé.
Dans nos temps de fureurs civiles,
Je te dois une paix que rien ne peut troubler.
Plus de vide en mes jours ! Pour moi tu sais peupler
Tous les déserts, même les villes !


Chaque étoile à son tour vient apparaître au ciel.
Tels, quand un grand festin d’ambroisie et de miel
Embaume une riche demeure,
Souvent, sur le velours et le damas soyeux,
On voit les plus hâtifs des convives joyeux
S’asseoir au banquet avant l’heure.


Vois, — c’est un météore ! il éclate et s’éteint.
Plus d’un grand homme aussi, d’un mal secret atteint,
Rayonne et descend dans la tombe.
Le vulgaire l’ignore et suit le tourbillon ;
Au laboureur courbé le soir sur le sillon
Qu’importe l’étoile qui tombe ?


Ah ! tu n’es point ainsi, toi dont les nobles pleurs
De toute âme sublime honorent les malheurs !
Toi qui gémis sur le poëte !
Toi qui plains la victime et surtout les bourreaux !
Qui visites souvent la tombe des héros,
Silencieuse, et non muette !


Si quelque ancien château, devant tes pas distraits,
Lève son donjon noir sur les noires forêts,
Bien loin de la ville importune,
Tu t’arrêtes soudain ; et ton œil tour à tour
Cherche et perd à travers les créneaux de la tour
Le pâle croissant de la lune.


C’est moi qui t’inspirai d’aimer ces vieux piliers,