Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/326

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Viens-tu, dans l’âtre perfide,
Chercher mon Follet qui fuit,
Et ma Fée, et ma Sylphide,
Qui me visitent sans bruit,
Et m’apportent, empressées,
Sur leurs ailes nuancées,
Le jour de douces pensées,
Et de doux rêves la nuit !

Viens-tu pas voir mes Ondines
Ceintes d’algue et de glaïeul ?
Mes Nains, dont les voix badines
N’osent parler qu’à moi seul ?
Viens-tu réveiller mes Gnômes,
Poursuivre en l’air les atomes,
Et lutiner mes Fantômes
En jouant dans leur linceul ?

Hélas ! fuis !… Ces lieux que j’aime
N’ont plus ces hôtes chéris !
Des cruels à l’anathème
Ont livré tous mes Esprits !
Mon Ondine est étouffée ;
Et, comme un double trophée,
Leurs mains ont cloué ma Fée
Près de ma Chauve-Souris !

Mes Spectres, mes Nains si frêles,
Quand leur courroux gronde encor,
N’osent plus sur les tourelles
S’appeler au son du cor ;
Ma cour magique, en alarmes,
A fui leurs pesantes armes ;
Ils ont de mon Sylphe en larmes
Arraché les ailes d’or !