Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/327

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Toi-même, crains leur tonnerre,
Crains un combat inégal
Plus que la voix centenaire
Qui jadis vengea Dougal,
Dont la cabane fumeuse
Voit, durant la nuit brumeuse,
Sur une roche écumeuse,
S’asseoir l’ombre de Fingal !

Celui qui de ta montagne
T’a rapporté dans nos champs,
Eut comme toi pour compagne
L’Espérance aux vœux touchants.
Longtemps la France, sa mère,
Vit fuir sa jeunesse amère
Dans l’exil, où, comme Homère,
Il n’emportait que ses chants !

À la fois triste et sublime,
Grave en son vol gracieux,
Le poëte aime l’abîme
Où fuit l’aigle audacieux,
Le parfum des fleurs mourantes,
L’or des comètes errantes,
Et les cloches murmurantes
Qui se plaignent dans les cieux !

aime un désert sauvage
Où rien ne borne ses pas ;
Son cœur, pour fuir l’esclavage,
Vit plus loin que le trépas.
Quand l’opprimé le réclame,
Des peuples il devient l’âme ;
Il est pour eux une flamme
Que le tyran n’éteint pas !

Tel est Nodier, le poëte ! —