Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/330

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Je combattais l’orage, et ma bruyante haleine
Dans leur vol anguleux éteignait les éclairs ;
Ou, joyeux, devant moi chassant quelque baleine,
L’océan à mes pas ouvrait sa vaste plaine,
Et mieux que l’ouragan mes jeux troublaient les mers.

J’errais, je poursuivais d’une atteinte trop sûre
Le requin dans les flots, dans les airs l’épervier ;
L’ours, étreint dans mes bras, expirait sans blessure,
Et j’ai souvent, l’hiver, brisé dans leur morsure
Les dents blanches du loup-cervier.

Ces plaisirs enfantins pour moi n’ont plus de charmes.
J’aime aujourd’hui la guerre et son mâle appareil,
Les malédictions des familles en larmes,
Les camps, et le soldat, bondissant dans ses armes,
Qui vient du cri d’alarme égayer mon réveil.

Dans la poudre et le sang, quand l’ardente Mêlée
Broie et roule une armée en bruyants tourbillons,
Je me lève, je suis sa course échevelée,
Et, comme un cormoran fond sur l’onde troublée,
Je plonge dans les bataillons.

Ainsi qu’un moissonneur parmi des gerbes mûres,
Dans les rangs écrasés, seul debout, j’apparais.
Leurs clameurs dans ma voix se perdent en murmures ;
Et mon poing désarmé martelle les armures
Mieux qu’un chêne noueux choisi dans les forêts.

Je marche toujours nu. Ma valeur souveraine
Rit des soldats de fer dont vos camps sont peuplés.
Je n’emporte au combat que ma pique de frêne,
Et ce casque léger que traîneraient sans peine
Dix taureaux au joug accouplés.