Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/486

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Mais, seules, nous brûlons de ce feu créateur
» Des secrets d’Uranie immortel inventeur ;
» Fust, Newton, n’étaient point de ces têtes légères... »
Savez-vous, mes amis, comment ont fait nos frères ?
L’un sut, d’un air subtil, gonfler le vaste sein
D’un globe, compagnon de son hardi dessein ;
Et dans le ciel ouvert planant avec audace,
Conquit, Titan nouveau, l’empire de l’espace ;
Et quand l’Europe encor, de jeu frivole et vain
Osa, dans son dépit, taxer cet art divin,
La France, en attendant que l’avenir prononce,
Aux plaines de Fleurus confia sa réponse.

Un autre, à la vapeur ouvrant d’étroits canaux,
Comprima ses élans dans d’énormes fourneaux,
Et, fixant à leurs flancs deux orbes tutélaires,
Fit marcher sur les flots nos flottantes galères.
Grâce à lui, les vaisseaux, changés en chars mouvants,
Peuvent fuir les écueils et se jouer des vents.
Sans doute à ce bel art, qui brave les tempêtes,
Le commerce devra de nouvelles conquêtes ;
Pour le rendre parfait nos savants vont s’unir ;
Et peut-être on verra, dans les temps à venir,
Voguer dans l’air, courir sur les mers écumantes,
Nos bataillons volants et nos flottes fumantes.

  Imitez, mes amis, dans vos futurs essais,
Ces exemples fameux, vengeurs du nom français.
Il en est parmi vous, puis-je ne le pas croire ?
Qu’un jour tourmentera le démon de la gloire,
Qui, nourris dans l’échoppe ou sortis des hameaux,
À nos anciens lauriers joindront quelques rameaux,
Éclairciront leur astre entouré de ténèbres,
Et, s’ils sont nés obscurs, sauront mourir célèbres.
Les uns, chantant des rois les tragiques revers,
Du grand Corneille éteint nous rendront les beaux vers ;
Les autres, d’un bras sûr, géants de nos tribunes,
Pousseront loin de nous le char des infortunes,
Guideront nos guerriers ; ou, protégeant les lys,
Pour nos Henris nouveaux seront d’autres Sullys.
Pour moi, qui, le premier, dans votre âme ingénue
Éveillai des talents l’étincelle inconnue,
En frémissant pour vous des caprices du sort,
D’un regard étonné je suivrai votre essor ;