Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/639

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Pareils aux esprits qu’en rêve
On voit tourner sur son front.

Les vierges aux seins d’ébène,
Belles comme les beaux soirs,
Riaient de se voir à peine
Dans le cuivre des miroirs ;
D’autres, joyeuses comme elles,
Faisaient jaillir des mamelles
De leurs dociles chamelles
Un lait blanc sous leurs doigts noirs.

Les hommes, les femmes nues,
Se baignaient au gouffre amer. —
Ces peuplades inconnues,
Où passaient-elles hier ? —
La voix grêle des cymbales,
Qui fait hennir les cavales,
Se mêlait par intervalles
Aux bruits de la grande mer.

*

La nuée un moment hésita dans l’espace.
— Est-ce là ? — Nul ne sait qui lui répondit : — Passe !

IV

L’Égypte ! — Elle étalait, toute blonde d’épis,
Ses champs, bariolés comme un riche tapis,
Plaines que des plaines prolongent ;
L’eau vaste et froide au nord, au sud le sable ardent
Se disputent l’Égypte : elle rit cependant
Entre ces deux mers qui la rongent.