Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/651

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Qu’elle vogue au hasard, comme un corps palpitant,

La carène entr’ouverte,

Comme un grand poisson mort, dont le ventre flottant

Argente l’onde verte ;


Alors gloire au vainqueur ! Son grappin noir s’abat

Sur la nef qu’il foudroie ;

Tel un aigle puissant pose, après le combat,

Son ongle sur sa proie !


Puis, il pend au grand mât, comme au front d’une tour,

Son drapeau que l’air ronge,

Et dont le reflet d’or dans l’onde, tour à tour,

S’élargit et s’allonge.


Et c’est alors qu’on voit les peuples étaler

Les couleurs les plus fières,

Et la pourpre, et l’argent, et l’azur onduler

Aux plis de leurs bannières.


Dans ce riche appareil leur orgueil insensé

Se flatte et se repose,

Comme si le flot noir, par le flot effacé,

En gardait quelque chose.


Malte arborait sa croix ; Venise, peuple-roi,

Sur ses poupes mouvantes,

L’héraldique lion qui fait rugir d’effroi

Les lionnes vivantes.


Le pavillon de Naple est éclatant dans l’air,

Et quand il se déploie

On croit voir ondoyer de la poupe à la mer

Un flot d’or et de soie.


Espagne peint aux plis des drapeaux voltigeant

Sur ses flottes avares