Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/657

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Allons ! que des brûlots l’ongle ardent se prépare.

Sur sa nef, si je m’en empare,

C’est en lettres de feu que j’écrirai mon nom.

« Victoire ! amis… — Ô ciel ! de mon esquif agile
Une bombe en tombant brise le pont fragile…
Il éclate, il tournoie, il s’ouvre aux flots amers !
Ma bouche crie en vain, par les vagues couverte !
Adieu ! je vais trouver mon linceul d’algue verte,

Mon lit de sable au fond des mers.


« Mais non ! je me réveille enfin !… Mais quel mystère ?
Quel rêve affreux !… mon bras manque à mon cimeterre.
Quel est donc près de moi ce sombre épouvantail ?
Qu’entends-je au loin ?… des chœurs… sont-ce des voix de femmes ?

Des chants murmurés par des âmes ?

Ces concerts !… suis-je au ciel ?… — Du sang !… c’est le sérail ! »


IV

LA DEUXIÈME VOIX.


« Oui, Canaris, tu vois le sérail, et ma tête
Arrachée au cercueil pour orner cette fête.
Les turcs m’ont poursuivi sous mon tombeau glacé.
Vois ! ces os desséchés sont leur dépouille opime.
Voilà de Botzaris ce qu’au sultan sublime

Le ver du sépulcre a laissé !


« Écoute : Je dormais dans le fond de ma tombe,
Quand un cri m’éveilla : Missolonghi succombe !
Je me lève à demi dans la nuit du trépas ;
J’entends des canons sourds les tonnantes volées,

Les clameurs aux clameurs mêlées,

Les chocs fréquents du fer, le bruit pressé des pas.