Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/663

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Sabres, auxquels il manque une trempe de sang,

Longs pistolets gorgés de balles !


Je veux voir des combats, toujours au premier rang !
Voir comment les spahis s’épanchent en torrent

Sur l’infanterie inquiète ;

Voir comment leur damas, qu’emporte leur coursier,
Coupe une tête au fil de son croissant d’acier !

Allons !… — Mais quoi, pauvre poëte,


Où m’emporte moi-même un accès belliqueux ?
Les vieillards, les enfants m’admettent avec eux.

Que suis-je ? — Esprit qu’un souffle enlève.

Comme une feuille morte, échappée aux bouleaux,
Qui sur une onde en pente erre de flots en flots,

Mes jours s’en vont de rêve en rêve.


Tout me fait songer : l’air, les prés, les monts, les bois.
J’en ai pour tout un jour des soupirs d’un hautbois,

D’un bruit de feuilles remuées ;

Quand vient le crépuscule, au fond d’un vallon noir,
J’aime un grand lac d’argent, profond et clair miroir

Où se regardent les nuées.


J’aime une lune, ardente et rouge comme l’or,
Se levant dans la brume épaisse, ou bien encor

Blanche au bord d’un nuage sombre ;

J’aime ces chariots lourds et noirs, qui la nuit,
Passant devant le seuil des fermes avec bruit,

Font aboyer les chiens dans l’ombre.


1827.