Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/665

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Si partait de ces mers d’Égine ou d’Iolchos
Un bruit d’explosion, tonnant dans mille échos

Et roulant au loin dans l’espace,

L’Europe se tournait vers le rouge Orient ;
Et, sur la poupe assis, le nocher souriant

Disait : — C’est Canaris qui passe !


Jusqu’ici, quand brûlaient au sein des flots fumants
Les capitans-pachas avec leurs armements,

Leur flotte dans l’ombre engourdie,

On te reconnaissait à ce terrible jeu ;
Ton brûlot expliquait tous ces vaisseaux en feu ;

Ta torche éclairait l’incendie !


Mais pleure aujourd’hui, pleure, on s’est battu sans toi !
Pourquoi, sans Canaris, sur ces flottes, pourquoi

Porter la guerre et ses tempêtes ?

Du Dieu qui garde Hellé n’est-il plus le bras droit ?
On aurait dû l’attendre ! Et n’est-il pas de droit

Convive de toutes ces fêtes ?


II


Console-toi ! la Grèce est libre.
Entre les bourreaux, les mourants,
L’Europe a remis l’équilibre ;
Console-toi ! plus de tyrans !
La France combat : le sort change.
Souffre que sa main qui vous venge
Du moins te dérobe en échange
Une feuille de ton laurier.
Grèces de Byron et d’Homère,
Toi, notre sœur, toi, notre mère,
Chantez ! si votre voix amère
Ne s’est pas éteinte à crier.