Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/667

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Prête à noyer leurs feux, prête à boire leur sang.
Chacune par son dieu semble au combat rangée ;
L’une s’étend en croix sur les flots allongée,
L’autre ouvre ses bras lourds et se courbe en croissant.

Ici, l’Europe : enfin ! l’Europe qu’on déchaîne,
Avec ses grands vaisseaux voguant comme des tours.
Là, l’Égypte des Turcs, cette Asie africaine,
Ces vivaces forbans, mal tués par Duquesne,
Qui mit en vain le pied sur ces nids de vautours.


IV


Écoutez ! — Le canon gronde.
Il est temps qu’on lui réponde.
Le patient est le fort.
Éclatent donc les bordées !
Sur ces nefs intimidées,
Frégates, jetez la mort !
Et qu’au souffle de vos bouches
Fondent ces vaisseaux farouches,
Broyés aux rochers du port !

La bataille enfin s’allume.
Tout à la fois tonne et fume.
La mort vole où nous frappons.
Là, tout brûle pêle-mêle.
Ici, court le brûlot frêle
Qui jette aux mâts ses crampons,
Et, comme un chacal dévore
L’éléphant qui lutte encore,
Ronge un navire à trois ponts.

— L’abordage ! l’abordage ! —
On se suspend au cordage,