Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/672

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Que sont donc devenues
Ces flottes trop connues ?
La mer les jette aux nues,
Le ciel les rend aux flots !


VII


Silence ! Tout est fait. Tout retombe à l’abîme.
L’écume des hauts mâts a recouvert la cime.
Des vaisseaux du sultan les flots se sont joués.
Quelques-uns, bricks rompus, prames désemparées,
Comme l’algue des eaux qu’apportent les marées,
Sur la grève noircie expirent échoués.

Ah ! c’est une victoire ! — Oui, l’Afrique défaite,
Le vrai Dieu sous ses pieds foulant le faux prophète,
Les tyrans, les bourreaux criant grâce à leur tour,
Ceux qui meurent enfin sauvés par ceux qui règnent,

Hellé lavant ses flancs qui saignent,
Et six ans vengés dans un jour !


Depuis assez longtemps les peuples disaient : « Grèce !
Grèce ! Grèce ! tu meurs. Pauvre peuple en détresse,
À l’horizon en feu chaque jour tu décroîs.
En vain, pour te sauver, patrie illustre et chère,
Nous réveillons le prêtre endormi dans sa chaire,
En vain nous mendions une armée à nos rois.

« Mais les rois restent sourds, les chaires sont muettes.
Ton nom n’échauffe ici que des cœurs de poëtes.
À la gloire, à la vie on demande tes droits.
À la croix grecque, Hellé, ta valeur se confie.

C’est un peuple qu’on crucifie !
Qu’importe, hélas ! sur quelle croix !