Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/709

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XXI

LAZZARA.


Et cette femme était fort belle.
Rois, chap. XI, v. 2.


Comme elle court ! voyez ! — Par les poudreux sentiers,
Par les gazons tout pleins de touffes d’églantiers,

Par les blés où le pavot brille,

Par les chemins perdus, par les chemins frayés,
Par les monts, par les bois, par les plaines, voyez

Comme elle court, la jeune fille !


Elle est grande, elle est svelte, et quand, d’un pas joyeux,
Sa corbeille de fleurs sur la tête, à nos yeux

Elle apparaît vive et folâtre,

À voir sur son beau front s’arrondir ses bras blancs,
On croirait voir de loin, dans nos temples croulants,

Une amphore aux anses d’albâtre.


Elle est jeune et rieuse, et chante sa chanson.
Et, pieds nus, près du lac, de buisson en buisson,

Poursuit les vertes demoiselles.

Elle lève sa robe et passe les ruisseaux.
Elle va, court, s’arrête, et vole, et les oiseaux

Pour ses pieds donneraient leurs ailes.


Quand, le soir, pour la danse on va se réunir,
À l’heure où l’on entend lentement revenir

Les grelots du troupeau qui bêle,

Sans chercher quels atours à ses traits conviendront,