Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/719

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


XXVI

LES TRONÇONS DU SERPENT.


D’ailleurs les sages ont dit : Il ne faut point attacher son cœur aux choses passagères.
Sadi. Gulistan.


Je veille, et nuit et jour mon front rêve enflammé,

Ma joue en pleurs ruisselle,

Depuis qu’Albaydé dans la tombe a fermé

Ses beaux yeux de gazelle.


Car elle avait quinze ans, un sourire ingénu,

Et m’aimait sans mélange,

Et quand elle croisait ses bras sur son sein nu,

On croyait voir un ange !


Un jour, pensif, j’errais au bord d’un golfe, ouvert

Entre deux promontoires,

Et je vis sur le sable un serpent jaune et vert,

Jaspé de taches noires.


La hache en vingt tronçons avait coupé vivant

Son corps que l’onde arrose,

Et l’écume des mers que lui jetait le vent

Sur son sang flottait rose.


Tous ses anneaux vermeils rampaient en se tordant

Sur la grève isolée,

Et le sang empourprait d’un rouge plus ardent

Sa crête dentelée.