Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/738

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Chez le Saint-Père et chez le Roi,
Où, vers la Saint-Ambroise, il vienne
Plus de bons pèlerins hâlés,
Portant bourdon, gourde et coquilles…
Allez, allez, ô jeunes filles,
Cueillir des bleuets dans les blés !

Dans nul pays, les jeunes femmes,
Les soirs, lorsque l’on danse en rond,
N’ont plus de roses sur le front,
Et n’ont dans le cœur plus de flammes ;
Jamais plus vifs et plus voilés
Regards n’ont lui sous les mantilles…
Allez, allez, ô jeunes filles,
Cueillir des bleuets dans les blés !

La perle de l’Andalousie,
Alice, était de Peñafiel,
Alice qu’en faisant son miel
Pour fleur une abeille eût choisie.
Ces jours, hélas ! sont envolés !
On la citait dans les familles…
Allez, allez, ô jeunes filles,
Cueillir des bleuets dans les blés !

Un étranger vint dans la ville,
Jeune, et parlant avec dédain.
Était-ce un maure grenadin ?
Un de Murcie ou de Séville ?
Venait-il des bords désolés
Où Tunis a ses escadrilles ?…
Allez, allez, ô jeunes filles,
Cueillir des bleuets dans les blés !

On ne savait. — La pauvre Alice
En fut aimée, et puis l’aima.
Le doux vallon du Xarama