Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/130

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IV

Tyrannie ! escalier qui dans le mal descend Obscur, vertigineux, fatal, croulant, glissant ! Toutes les marches vont décroissant de lumière ; Et malheur à qui met le pied sur la première ! C’est la spirale infâme et traître aboutissant A l’ombre, et vous teignant les semelles de sang. La conscience aveugle j mène l’âme sourde. A chaque pas qu’on fait, la chair devient plus lourde ; L’animal sur l’esprit pèse de plus en plus, Et l’on se sent du souffle universel exclus ; Aujourd’hui c’est la faute et demain c’est le crime ; On tuera demain ceux qu’aujourd’hui l’on opprime. Et l’on descend ainsi que dans un rêve ; et l’air Est plein de visions ; et, dans un blême éclair, Tous les masques qui sont l’épouvante du monde, Le lâche, le félon, le féroce, l’immonde, Des profils effarés et des visages fous Flottent... Flottent... — C’est toi, Caïn ? Noirs Césars, est-ce vous ? L’odeur des encensoirs aux odeurs d’ossuaires Se mêle, et, dans les plis des longs draps mortuaires, Tous les spectres sont là, sous l’affreux firmament, Montant et descendant ces degrés lentement ; Chaque âme de tyran, misérable, est leur antre ; Agrippine au flanc nu criant : Frappe le ventre ! Ninus, Sémiramis, Achab et Jézabel, Molay, jetant sa cendre à Philippe le Bel, Agnès la réprouvée et l’excommuniée, Berthe par la tenaille ardente maniée,