Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/149

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Pénétrons plus avant dans cette morne sphère. Questionnons le sphinx, l’énigme, l’inconnu. Sait-on pourquoi l’on vient et d’où l’on est venu ? Le fœtus choisit-il son destin ? Est-on maître D’indiquer son endroit et son heure pour naître ? Ah ! vous voulez qu’on soit responsable ? De quoi ? D’être homme de tel siècle ou bien fils de tel roi ? D’être l’atome errant la nuit dans telle 2one ? D’avoir été jeté tout petit sur un trône ? D’être sorti sultan du mystère infini ? Est-on donc accusable et sera-t-on puni De la place où vous met l’obscure destinée, Quand, semence de vie au vent abandonnée, On éclôt sur la terre, humble esprit fi frémissant ? Qu’est-ce qu’il avait fait, ce pauvre être innocent, Pour être le tyran, pour être une âme noire, Pour être le damné sinistre de l’histoire, Pour être un spectre en fuite au souffle des courroux, Pour que tous les carcans et que tous les verrous, Tous les gibets froissant leurs tragiques ferrailles, Toutes les visions d’ombre et de funérailles, Tous les vols de corbeaux, tous les vols de vautours, Passent autour de lui toujours, toujours, toujours ! Qu’est-ce qu’il avait fait pour être Périandre, Busiris, Constantin, Charles neuf ? pour entendre Les gouffres à jamais aboyer après lui ? S’il eût vu ce destin funèbre, il aurait fui. Est-ce qu’il n’avait pas aussi lui, dans ces limbes Où l’être avant d’éclore erre parmi les nimbes Et d’où l’âme en tremblant sur ce globe s’abat, Droit à la mère blême et pauvre du grabat ?