Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/215

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


À remuer avec une fourche de fer.
L’autre à la main lui plante un grand sabre, et l’affuble
D’un uniforme mal caché par sa chasuble ;
Il a l’obus en bas et la foudre là-haut ;
Il était Jéhovah, le voilà Sabaoth ;
On le fait tambour-maître et général d’armée ;
Il va-t-en guerre. Étant riche en noir de fumée,
Belzébuth jusqu’à Dieu se glisse, et cet escroc
Lui charbonne en riant deux moustaches en croc ;
Le Père Éternel sent vaguement qu’on le berne,
Se laisse faire, met l’éclair dans sa giberne,
Se voit destitué par le pape, permet
Que la bataille accroche à sa mitre un plumet,
Ferme les yeux sur l’homme, être irrémédiable,
Et, n’étant plus bon Dieu, tâche d’être bon diable.



III

LE THÉOLOGIEN.

*

Ô théologien, tu dis :

Ô théologien, tu dis : — Rêveurs, penseurs,
En fouillant on ne sait sous quelles épaisseurs,
Vous avez découvert un Dieu sans fin, sans forme ;
Vous niez qu’il se lasse et vous niez qu’il dorme ;
Ce Dieu n’a pas d’histoire. Est-il juif, arien,
Grec, indou, parsi ? Non. Il ne ressemble à rien,
Il n’a pas de légende arrangeable en cantique.
Raisonnons. Croyez-vous ce Dieu-là bien pratique ?

Tu dis : — Un Dieu n’est pas ce que vous supposez.
Un Dieu, c’est une tour dont on fait les fossés.