Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/234

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Dans son aveuglement et dans sa surdité,
Que ce Dieu soit indou, païen, grec ou biblique,
L’ombre ne donne pas à l’homme la réplique ;
Sans écho, sans qu’un signe ait paru dans l’éther,
L’Être a vu par Orphée enfanter Jupiter,
Allah par Mahomet, Jehovah par Moïse ;
La négation triste est dans le vide assise ;
Le prêtre par l’abîme est toujours éconduit ;
L’immobilité grave et morne de la nuit
Suffit au Tout lugubre, et le gouffre n’invente
Aucune idole, ayant l’éternelle épouvante.

Ah ! tu montes vers l’ombre avec un Dieu tout fait.
Que Dieu soit. Ton néant de grandeur le revêt ;
Ta nuit lui pose au front l’aurore éblouissante ;
Puis au-dessous de lui tu mets une descente
D’anges, d’êtres ayant l’azur pour point d’appui,
Décroissant jusqu’à toi, puis croissant jusqu’à lui.
Il te faut ta série allant du ciel à terre ;
Tu veux d’un seul regard embrasser le mystère ;
Voir le point d’arrivée et le point de départ ;
Tu veux dire : voici la moitié, puis le quart ;
Compter les échelons ; tu rêves ce quadrille :
Dieu, puis l’archange, et l’homme en regard du mandrille ;
Eh bien, non. Tout n’est qu’Un. Sache, ô sombre écolier,
Qu’on ne monte pas Dieu comme ton escalier ;
Il est dans une ruche aussi bien que dans Rome ;
Le ver n’est pas plus loin de l’infini que l’homme.

Nous autres les songeurs que dévorent la faim
Et la soif de connaître, et qui, sans peur, sans fin,
Creusons l’éternité formidable et candide,
Du côté noir, ainsi que du côté splendide
Où l’on voit tant de vie et de flamme abonder,
Nous avons beau guetter, contempler, regarder,
Observer, épier, jamais nous n’aperçûmes
Pas plus ce que tu crois que ce que tu présumes.