Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/240

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Où rôdent le bubale et la vipère à cornes,
Où le soleil emplit de venin les buissons,
Où la lumière sert à faire des poisons.
Le soir, comme un mourant les horizons blêmissent ;
Ce globe, couvert d’eaux et d’arbres qui frémissent,
Entrecoupe on ne sait quels cris et quels abois
Dans un balancement de vagues et de bois.
Tout menace et tout tremble ; et la mer accoutume
La terre misérable à l’immense amertume.
Homme, ton univers a l’air d’être inquiet.
Devant qui ? Tout s’enfuit. Le jour craint, la nuit hait.
L’être est un bloc confus de masques et de bouches
Mêlés lugubrement dans des effrois farouches ;
Comme deux oiseaux noirs sans fin se poursuivant
L’éclair étreint la nuit dans la fuite du vent,
Et la nature entr’ouvre au fond de ces alarmes
Son œil mystérieux, noyé de sombres larmes.
L’être est morne, odieux à sonder, triste à voir.
De là les battements d’ailes du désespoir.


*


Tu dis : — Je vois le mal, et je veux le remède.
Je cherche le levier, et je suis Archimède. —
Le remède est ceci : Fais le bien. Le levier,
Le voici : Tout aimer et ne rien envier.
Homme, veux-tu trouver le vrai ? cherche le juste.


*


Mais quant au dogme, neuf et jeune, ou vieux et fruste,
Quant aux saints fabliaux, quant aux religions
Inoculant l’erreur dans leurs contagions,
Semant les fictions, les terreurs, les présages,
Quant à tous ces docteurs, à ces essaims de sages