Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/241

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Qui vont l’un maudissant ce que l’autre a béni,
Qui, volant, bourdonnant, harcelant l’infini,
Feraient abriter Dieu sous une moustiquaire,
Quant au daïri roi, quant au pape vicaire,
Quant à tous ces korans que chaque âge inventa,
Edda, Veda, Talmud, King ou Zend-Avesta,
Ce n’est qu’une confuse et perverse mêlée ;
En les étudiant, ô pauvre âme aveuglée,
Tu n’apprendras pas plus le réel qu’en cherchant
A composer, avec des insultes, un chant !

Et qu’importe, après tout, que l’homme prie ou croie ;
Qu’avec son propre songe, inepte, il se foudroie ;
Qu’il adore le Tout informe, ou l’esprit pur,
Une statue en bronze ou bien un pan d’azur ;
Que l’homme au ciel s’égare ou qu’il se fanatise
Avec la fauve odeur des bûchers qu’il attise ;
Que sa religion ait des pieds et des mains
Et des sens, et se livre aux appétits humains,
Ou soit vapeur, fumée, ombre ; que dans l’église
Son Dieu se pétrifie ou se volatilise ;
Que l’homme, impur, s’aveugle à suivre n’importe où
Tantôt l’abstraction, tantôt le manitou ;
Que ce soit la chandelle ou l’astre qu’il contemple ;
Qu’il adore une idée ou qu’il adore un temple ;
Que, croyant voir des dieux, au fond des bois épais,
Il nomme Argès l’éclair, la foudre Stéropès ;
Que, l’un couché dans l’or, l’autre nu sur des nattes,
Le nègre ait ses tabous et César ses pénates ;
Que le flamme encense en chlamyde de lin
Le morne Olympien, le noir Capitolin ;
Qu’on ait un Dieu hantant l’alcôve impériale,
Un pour le sénateur, un pour le curiale ;
Que les dieux soient divers et mesurés aux rangs,
Pour l’esclave petits et pour le maître grands ;
Qu’en l’honneur d’un Indra quelconque, le brahmine
Se laisse dévorer vivant par la vermine ;