Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/328

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Comme je les ai vus disputer, s’acharner,
Affirmer, contester, et bruire, et vanner,
Les grecs chassant les juifs, les juifs damnant les guèbres,
De la semence d’ombre en un van de ténèbres !

Comme je les ai vus, dressés sur leur séant,
Hagards, les uns, docteurs de leur propre néant,
Ayant l’aveuglement funèbre pour disciple,
Rêvant dans l’empyrée un monstre double ou triple,
Regardant fuir, tandis qu’effarés nous songions,
L’ouragan des erreurs et des religions,
Épier s’ils verraient passer dans la rafale
Ou le Janus bi-front ou l’Hermès tricéphale !
D’autres, logiciens, métaphysiciens,
Pédagogues, groupés sous les porches anciens,
Discuter l’évidence, et fouiller, rêveurs blêmes,
L’énigme à la lueur livide des systèmes,
Et, combinant les faits, les doutes, les raisons,
Rapprocher, pour souffler dessus, ces noirs tisons !
D’autres, théologaux, notaires de consultes,
Évêques secouant leur foudre au seuil des cultes,
Clercs, chanoines, bedeaux, prédicateurs, abbés,
Dans l’ornière d’un texte ou d’un rite embourbés,
De quelque oiseau mystique adorant l’envergure.
Étouffant par moment le rire de l’augure,
Agiter leurs longs bras et leur surplis jauni
Dans des chaires faisant ventre sur l’infini ;
Et, clignant leurs yeux morts sous leurs crânes fossiles,
Assembler le nuage informe des conciles,
Dans Éphèse, dans Reims, dans Arles, dans Embrun,
Sur Dieu, l’être éclatant, l’être effrayant, l’être un !
Et courber leur front chauve, et se pencher encore,
Et chercher à tâtons l’éblouissante aurore,
Et crier : — Voyez-vous quelque chose ? Est-ce là ?
Qu’en pense Onufrius ? qu’en dit Zabarella ?
Où donc est l’être ? Où donc est la cause première ?
Cherchons bien ! — Et pendant que l’énorme lumière,