Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/365

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Cela n'est pas correct et cela n'est pas sobre ;
Vous regardez juillet avec des yeux d'octobre ;
Toute cette dorure, auréoles partout,
Clartés, braises, rayons, rubis, blesse le goût,
Et cette foudroyante et splendide largesse
Est la divinité, mais n'est pas la sagesse.
Bonshommes, vous jetez de l'encre à l'idéal ;
Vous blâmez germinal, prairial, floréal ;
Ces mois joyeux vous font l'effet de jeunes drôles ;
Quand sur l'herbe, à travers le tremblement des saules,
Sur les eaux, les pistils, les fleurs et les sillons,
Volent tous ces baisers qu'on nomme papillons,
L'éternel vous paraît un peu vif pour son âge ;
Le printemps n'est pas loin d'être un libertinage ;
Le serpent sort lascif de l'étui de vieux cuir,
La violette s'offre en ayant l'air de fuir,
L'aube éclaire le monde avec trop d'énergie ;
Chastes, vous détournez la tête de l'orgie ;
Vous damnez la matière, indignés, affirmant
Que toute cette sève et que tout cet aimant,
Finiront par s'user à force de débauche ;
Et Calvin crie : Ordure ! et Pyrrhon crie : Ébauche !
Et Loyola tendant aux roses son mouchoir
Leur dit : Cachez ce sein que je ne saurais voir.

Ô Memphis ! Delphe ! Ombos ! Mecque ! Genève ! Rome !
Hypothèses, erreurs, religions de l'homme,
Ignorance, folie et superstition
Dressant procès-verbal à la création !
Ô théologiens toisant Dieu ! théosophes
De l'hymne sidéral châtrant les sombres strophes,
Reprochant ses excès au gouffre, gourmandant
Le trop obscur, le trop profond, le trop ardent,
Sondant, Orphée, Amos, la nue où vous plongeâtes !
Tribunal de boiteux, sénat de culs-de-jattes
Critiquant l'aigle altier dans l'étendue épars !
Tas d'aveugles criant à l'éclair : Rentre ou pars !