Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/371

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ils ne comprennent point que dans la sépulture
La terre garde encore une pâle ouverture,
Que le trépassé voit, et que l'enseveli
Parfois à son linceul fait faire un vague pli
Afin d'apercevoir les hommes, et s'adosse
Pour écouter au mur ténébreux de la fosse ;
Du fond d'on ne sait quelle existence on entend ;
À ce que fait la vie on reste palpitant ;
Ils ne comprennent pas que la sainte série
Des aïeux, à travers le sépulcre attendrie,
Suit tout des yeux, s'émeut à voir hors du tombeau
Courir de main en main le frissonnant flambeau,
Et que dans les enfants le père continue.
Chose sombre ! fermer la paupière inconnue,
Éteindre ce regard d'en haut, et, sans remords,
Étouffer ce grand souffle obscur ; tuer les morts !

Tournant le dos au coin du ciel que l'aube dore,
Ayant pour lampe un crâne où tremble le phosphore,
Objectant à tout fait nouveau leur surdité,
Engloutis dans la caste et dans l'hérédité,
Ceux-ci, pires encor, sont l'extrême contraire.
À force d'être fils on cesse d'être frère ;
Le père par l'aïeul est lui-même éclipsé ;
L'ancêtre seul existe ; il se nomme Passé ;
Il est l'immense chef vénérable et stupide ;
Sa barbe est la sagesse et le beau c'est sa ride ;
Il est mort ; c'est pourquoi lui seul est proclamé
Vivant, et d'autant plus patent qu'il est fermé ;
Il s'est pétrifié dans sa morne attitude,
Et son autorité c'est sa décrépitude ;
Partout où l'on se hait il a son point d'appui ;
Tout rentre en lui ; tout est hiérarchie, ennui,
Fauteuil patriarcal, ordre antique, loi, gêne ;
La famille alourdie a le poids d'une chaîne ;
Le vieillard Autrefois gouverne, et Maintenant
Pourrit dans le marais du genre humain stagnant ;