Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/389

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Or, et je dis ceci, passant, à ta décharge,
Qu'es-tu dans cet ensemble avec ton code, avec
Ton koran turc, ton tsin chinois, ton phédron grec,
Avec tes lumignons que tu nommes lumières,
Avec tes passions basses et coutumières
De tous les faits malsains, équivoques, pervers ?
Les blés sont d'or, les flots sont bleus, les bois sont verts,
L'être fourmille et luit dans les métempsycoses,
Juin sourit, couronné du prodige des roses,
L'univers resplendit, ivre et comme écumant
D'un vertige de vie et de rayonnement,
L'aurore chaque jour bâtit la galerie
Des heures dont le luxe à chaque pas varie,
Et le couchant construit au bout du corridor
Des montagnes de pourpre et des portiques d'or ;
Tout déborde; une sève ardente et décuplante
Du rocher au rocher, de la plante à la plante,
Court, traverse la brute, et, sous le firmament,
Le grand amour s'accouple avec le grand aimant ;
Toi l'homme, en tout cela tu sens ton indigence ;
Tes besoins sont posés sur ton intelligence,
Et comme tu ne vois Dieu, soleil de l'esprit,
Qu'à travers cette chair qui sur toi se flétrit,
L'ombre de tes haillons se découpe en ton âme;
Ta difformité raille, attaque, hait, diffame ;
L'homme au besoin, funèbre et lamentable jeu,
Fait de son ineptie une ironie à Dieu ;
Il rit : — Hein, créateur, dit-il, sommes-nous bêtes ! —
Tu te tiens à l'écart des cieux et de leurs fêtes ;
Ton exiguïté te rend hargneux, boudeur,
Mauvais ; car, la bonté n'étant rien que grandeur,
Toute méchanceté s'explique en petitesse.

Donc je te plains, sentant ta profonde tristesse.
Les faits autour de toi, graves et recueillis,
Vivent, et le mystère épaissit son taillis,
Et laisse à ton regard juste assez d'ouverture