Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/393

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Avec quel diagraphe en prendre le contour
Et la dimension, n'ayant, dans ta masure,
Ni le mètre réel, ni l'exacte mesure ?
Qu'est le bien ? qu'est le mal ? Tel fait est constaté ;
Soit; il faut maintenant voir l'autre extrémité ;
Où donc est-elle ? Allez la chercher dans les sphères.
Toutes les questions sont d'obscures affaires
Que tu te fais avec les cieux illuminés ;
Le grand Tout intervient, toujours, partout ; prenez
L'existence la plus misérable, n'importe !
L'énigme de moi l'âne ou de toi le cloporte ;
Qu'on la presse, on la voit subitement grandir
Et pendre du zénith ou monter du nadir.
Rien n'est indifférent au gouffre; le blasphème
Qu'on jette au firmament tombe dans le problème ;
Qui sait si l'on n'a pas blessé quelque rayon ?
Mettre un pied sur un ver est une question ;
Ce ver ne tient-il pas à Dieu ? La sauterelle
Qu'il écrase en marchant fait songer Marc-Aurèle ;
Sur un moucheron mort Pascal est accoudé.
Quel est le point connu, clair, épuisé, vidé ?
Que sais-tu ? Que veux-tu décidément conclure ?
L'ombre fouette ta face avec sa chevelure,
Et, t'effarant avec le ciel prodigieux,
T'aveugle en te jetant les soleils dans les yeux ;
Il te suffit un soir, fusses-tu Prométhée,
Ou Timon l'androphobe ou Constantin l'athée,
De voir les globes d'or au fond des noirs azurs
Flamboyer, affirmant le fait dont ils sont sûrs,
Pour que, devant l'horreur constellée et sereine,
0Un éblouissement pontifical te prenne;
Alors tu sens en toi l'homme en prêtre finir ;
Tu ne peux plus lever les mains que pour bénir ;
Sous tes pieds chancelants tu sens vibrer la base,
Et tu t'évanouis dans la sinistre extase ;
Tu t'engloutis dans l'être ineffable, insondé ;
Tu regardes rouler le monde comme un dé,