Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/55

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Son sang tient mon berceau, déjà sombre, encor vide,
Et de moi, l’innocent, tu fais un parricide.
Tu me fais faire un crime à moi qui ne suis pas.
Je nais, je tue. ― Hélas ! ― La loi prend un compas,
Pèse l’urne du mal, la trouve peu remplie,
Mesure un crime, ajoute un meurtre, multiplie
Un attentat par l’autre, un forfait par un deuil,
Dans un affreux berceau fait éclore un cercueil,
Attend qu’un enfant naisse, ordonne qu’on bâtisse
Un tombeau sur sa tête, et dit : C’est la justice !
Elle veut, au milieu de ce saint univers,
Quand les cieux versent l’aube et sont tout grands ouverts,
Devant le jour sans fin, devant l’azur sans voiles,
Dans le fourmillement des fleurs et des étoiles,
Qu’une mère éperdue ait horreur du moment
Où son enfant naîtra sous le bleu firmament ! ―
J’ai vu cela. Si bien que cette misérable
Était là, regardait fuir l’heure inexorable,
Écoutait dans la nuit le glas dire : Il le faut !
Et sentait dans son sein remuer l’échafaud.


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