Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/296

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Nous trouvons dans les eaux courantes
Maint hémistiche, et les lacs verts,
Les prés généreux, font des rentes
De rimes à nos pauvres vers.

Mon patrimoine est la chimère,
Sillon riche, ayant pour engrais
Les vérités, d’où vient Homère,
Et les songes, d’où sort Segrais.

Le poëte est propriétaire
Des rayons, des parfums, des voix ;
C’est à ce songeur solitaire
Qu’appartient l’écho dans les bois.

Il est, dans le bleu, dans le rose,
Millionnaire, étant joyeux ;
L’illusion étant la chose
Que l’homme possède le mieux.

C’est pour lui qu’un ver luisant rampe ;
C’est pour lui que, sous le bouleau,
Le cheval de halage trempe
Par moment sa corde dans l’eau.

Sous la futaie où l’herbe est haute,
Il est le maître du logis
Autant que l’écureuil qui saute
Dans les pins par l’aube rougis.

Avec ses stances, il achète
Au bon Dieu le nuage noir,
L’astre, et le bruit de la clochette
Mêlée aux feuillages le soir.