Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/309

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Soutiens le penseur, qui dément
L’autel, l’augure et la sibylle,
Et n’a pas d’autre adossement
Que la conscience immobile.

Plains les martyrs de maintenant,
Attendris ton regard sévère,
Et contemple, tout en planant,
Leur âpre montée au Calvaire.


V


Cours sans repos, pense aux donjons,
Pense aux murs hauts de cent coudées,
Franchis, sans brouter les bourgeons,
La forêt-vierge des idées.

Ne t’attarde pas, même au beau.
S’il est traître ou froid, qu’il t’indigne.
La nuit ne fait que le corbeau,
La neige ne fait que le cygne.

Le soleil seul fait l’aigle. Va !
Le soleil au mal est hostile.
Quand l’œuf noir du chaos creva,
Il en sortit, beau, mais utile.

Immortel, protège l’instant.
L’homme a besoin de toi, te dis-je.
Précipite-toi, haletant,
À la poursuite du prodige.