Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/52

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L’échelle des êtres qui plonge
Dans ce gouffre qu’on nomme Dieu ;

Les vastes profondeurs funèbres,
L’abîme infinitésimal,
La sombre enquête des ténèbres,
Le procès que je fais au mal ;

Mes études sur tout le bagne,
Sur les juifs, sur les esclavons ;
Mes visions sur la montagne ;
J’interromps tout cela ; vivons.

J’ajourne cette œuvre insondable ;
J’ajourne Méduse et Satan ;
Et je dis au sphinx formidable:
Je parle à la rose, va-t’en !

Ami, cet entr’acte te fâche.
Qu’y faire ? Les bois sont dorés;
Je mets sur l’affiche:Relâche;
Je vais rire un peu dans les prés.

Je m’en vais causer dans la loge
D’avril, ce portier de l’été.
Exiges-tu que j’interroge
Le bleuet sur l’éternité ?

Faut-il qu’à l’abeille en ses courses.
Au lys, au papillon qui fuit,
À la transparence des sources.
Je montre le front de la nuit ?

Faut-il, effarouchant les ormes.
Les tilleuls, les joncs, les roseaux.
Pencher les problèmes énormes
Sur le nid des petits oiseaux ?