Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VII.djvu/82

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J’entends, debout sur quelque cime,
Le chant qu’un nid sous un buisson
Mêle au blêmissement sublime
D’un lever d’astre à l’horizon.

Je suis l’auditeur solitaire ;
Et j’écoute en moi, hors de moi,
Le Je ne sais qui du mystère
Murmurant le Je ne sais quoi.

J’aime l’aube ardente et rougie,
Le midi, les cieux éblouis,
La flamme, et j’ai la nostalgie
Du soleil, mon ancien pays.

Le matin, toute la nature
Vocalise, fredonne, rit.
Je songe. L’aurore est si pure,
Et les oiseaux ont tant d’esprit !

Tout chante, geai, pinson, linotte,
Bouvreuil, alouette au zénith,
Et la source ajoute sa note,
Et le vent parle, et Dieu bénit.

J’aime toute cette musique,
Ces refrains, jamais importuns,
Et le bon vieux plain-chant classique
Des chênes aux capuchons bruns.

Je vous mets au défi de faire
Une plus charmante chanson
Que l’eau vive où Jeanne et Néère
Trempent leurs pieds dans le cresson.


Route de Clervaux à La Roche, 22 septembre.