Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome X.djvu/105

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



 
Oui, vous avez raison, je suis un imbécile.

Le ciel qui cache au fond des antres de Sicile
La flûte de Moschus, chère aux échos profonds,
Livre Arioste au vol fantasque des griffons,
Et fait dialoguer le prophète avec l’aigle,
Ce grand ciel d’où sur nous descend l’ombre et la règle,
M’avait créé pensif, de sorte que j’avais
L’œil fixé sur la route incertaine où je vais,
Et que je n’étais guère autre chose qu’un homme
Attendri, de colère et de haine économe,
Vieux par les souvenirs, jeune par les penchants,
Fait pour la vénérable allégresse des champs.
Mais en même temps j’ai, comme Eschyle, deux âmes,
L’une où croissent les fleurs, l’autre où couvent les flammes ;
Théocrite en mon cœur rencontre d’Aubigné ;
Ce qui fait que parfois j’ai, d’un œil indigné,
Regardé, dans ce siècle ainsi que dans l’histoire,
Cette méchanceté qu’on nomme la victoire.
Ma pente est de bénir dans l’enfer les maudits.
Et vous me raillez. Soit. Eh bien, je vous le dis,
Je ne me repens point. Je trouve bon, limpide,
Consolant, honorable et doux, d’être stupide.
Être inepte me plaît, me charme et me sourit,
Puisque je vois comment sont faits les gens d’esprit.
Je suis de mon plein gré rentré dans la tempête.
Oui, rarement on eut l’audace d’être bête
À ce point, et mon deuil comprend votre gaîté ;
J’étais en terre ferme, au port, en sûreté ;
J’ai vu des naufragés qui s’enfonçaient dans l’ombre,